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Twilight Circus Dub Sound System


    " Riddim Clash " Music Reviews

    DJ Spooky Vs. Twilight Circus - Riddim Clash (Play)

    Riddim Clash is a classic soundclash for a post-postmodern world-only the combatants are post-dub, post-hip-hop and post-punk. The face-off between DJ Spooky and Twilight Circus Dub Soundsystem brings on ital sounds of Lee Scratch Perry proportions-check "Phase Anansi" with its funky Hammond-and also slow, funky, siren-laden street grit. And just to convince you that this match-up has versions galore, listen to how they twist the Cure's "Love Cats" into their own "Dust Storm." - Daniel Siwek (XLR8R)


    Scratch mix supremo and dub producer collaborate to fine debut effect
    As DJ Spooky, Paul D Miller has helped elevate the status of the turntable from humble DJ tool to an instrument in its own right. His scratch skills may be dazzling, but he's equally drawn to John Cage and Sun Ra as Kool Herc, Prince Paul and Grandmaster Flash. An almost academic approach to slipmat arts has seen him work with everyone from Scanner to Thurston Moore, but here his collaboration with producer Ryan Moore (aka Twilight Circus) results in the anchoring of the former's darkly textured atmospherics by the latter's deep, rootsy dub. It's potent, postmodern magic.

    www.uncut.co.uk


    Deux règles simples que l'acheteur compulsif de CD se doit de suivre: se précipiter sur tout ce qui porte le label "Twilight Circus", et ne surtout pas se prcipiter sur tout ce qui porte le label "DJ Spooky" (surtout depuis que les CD tutoient frquemment les 20 pice, je vais te l'expliquer, moi, l'origine de la crise du disque). C'est dire si ce DJ Spooky vs Twilight Circus m'a plongé dans l'expectative. Car enfin, si tout ce qui sort de chez DJ Spooky n'est certainement pas à mépriser, tout n'y est pas non plus invariablement satisfaisant. Ou plutôt, pour modérer un peu, chaque album de DJ Spooky contient du bon, et souvent du très bon, car le gars a une oreille, de l'inspiration à revendre, et d'évidents talents de musicien/producteur, mais chaque album contient aussi sa bonne part de dispensable, car le gars a aussi un ego joliment dodu.

    Mais halte aux critiques, il n'est pas question de ça ici: je me suis finalement précipité précautionneusement sur cet album, et en remercie les cieux chaque jour qu'ils font, car voilà bien une perle d'inventivité et de réussite. Il s'agit d'un album à part entière, composé conjointement par les deux - l'histoire ne dit pas comment il l'a été, mais on peut vraisemblablement assumer qu'il a été construit par altérations successives apportées à tour de rôle par l'un et l'autre, plutôt que conjointement. Pure spéculation, cela dit, car quelque ait été la méthode, le résultat n'est que rarement imputable à l'un ou à l'autre, et sonne parfaitement neuf et original. Manifestement, l'influence dub vient de Ryan Moore, on reconnaît sa façon d'enregistrer et de traiter la batterie, et on peut supposer aussi qu'il tient la basse et l'orgue. L'influence de DJ Spooky est moins facile à caractériser, mais il a certainement contribué à diversifier les thèmes abordés, à enrichir la palette des sources sonores, et peut-être à malmener la linéarité rythmique de chaque titre. L'un et l'autre ont en outre amené des fréquentations recommandables, le violoniste Daniel Bernard Roumain pour DJ Spooky (il avait déjà participé à son album "Optometry"), et le flûtiste / clarinettiste / saxophoniste / whateveriste Niels Van Hoorn pour Ryan Moore (Van Hoorn fait partie de Legendary Pink Dots). Il convient aussi de préciser que Alter Echo a participé à l'album, on ne sait dans quelle mesure, mais c'est un gage de qualité (on se penchera sur sa participation Combat Dub II pour s'en convaincre).

    Mieux vaut prévenir: l'album s'ouvre d'assez inquiétante façon sur une intro de 2 bonnes minutes, pas mal bordélique et sans grand intérêt. Des bruits, façon manifestation de rue. Y a sans doute un message, il m'échappe. Pas grave, c'est une intro. Plus inquiétant, "Dub smasher", le titre suivant, n'est ni guère plus long, ni guère plus construit. Mettons qu'il fait une bonne déclaration d'intention (et de capacité de production), mais on attend plus. On l'obtient dès le 3ème titre, et bien servi, encore: "Other planes of dub" est certainement un des joyaux de l'album. Le violoniste Daniel Bernard Roumain y participe, et cette participation n'a rien de superficiel: il interprète un thème assez grave, éthéré, qui vient en complète contradiction du solide riddim dub sur lequel s'appuie le titre, et notamment de sa ligne de basse technoïde à la limite de la saturation. L'ambiance est complétée par diverses cordes, vraisemblablement une guitare lourdement traitée à la reverb, et peut-être même un genre de mandoline, là-bas, dans le fond. Bref, tout ça n'aurait pas dû se rencontrer, mais finalement si, et c'est tant mieux. D'autant que la fûte continue avec le titre suivant, "Dust storm on NGC 7023", d'abord dans une tonalité assez similaire portée par un autre instrument à cordes, peut-être un oud, des nappes de synthé, et des bruits tirés d'autres sphères, jusqu'à l'entrée en jeu d'une solide ligne de basse synthétique, tout ça s'étire lentement en développant une ambiance oppressante, puis s'épure progressivement, la rythmique s'arrête, les synthés s'étiolent façon calme avant la tempête, et de fait, un mastard riddim à la Twilight Circus prend soudain le crachoir, et le garde jusqu'à la fin du titre, sans pour autant exclure les éléments de la 1ère partie, qui son réintégrés progressivement. Comme souvent dans le dub, et le surtout le dub moderne, le mix est, au plus fort du titre, complètement saturé de sources sonores, y a plus de place, mais on en met encore, et non seulement ça rentre, mais ça reste parfaitement digeste. Et sur 8 minutes, ça force le respect.

    La performance est du reste réitérée et améliorée par le titre suivant, "Riddim clash - Heavyweight style", une autre merveille du dub moderne à ranger aux côtés du "Dub selector" de "Foundation Rockers" (voyez donc plus bas). Riddim clash, effectivement, ça pête de tous les côtés, tout le monde a son mot à dire, la batterie tonne tout ce qu'elle sait, la basse s'évertue à décoller le papier-peint, mais ça suffit pas, on y rajoute des claps, des congas, des trilles de flûte (Niels Van Hoorn, probablement), guitare, xylophone ou assimilé, et on s'ingénie à tout reconcevoir en permanence, la basse notamment, change radicalement de son plusieurs fois durant les 5 minutes de ce titre, bref, on ne travaille pas à l'économie, et pourtant on n'a pas le sentiment du moindre superflu. Il faut quand même quelques écoutes pour tout encaisser, mais une fois qu'on est dedans, on y reste. Sauf à se laisser happer par "Phase Anansi", son successeur, ce qu'on laisse volontiers se produire, tant ce titre est encore différent des précédents, et au moins aussi réussi. On est pour le coup en plein territoire Twilight Circus, un rythme assez mesuré, pépère, un orgue façon bal populaire, un gars qui siffle, une flûte, de rares échos lointains de l'un ou l'autre toaster, cymbales, cloches et guiro à tous les étages, jusqu'à un gars qui chantonne un complément de rythmique, le tout dans un déluge de reverb, flanger, et autres effets, tout ça est charmant, badin, enjoué, et riche jusqu'au luxuriant. Et ça n'en finit pas, on repart de plus belle avec "Gamma burst", moins enjoué, une rythmique pesante, syncopée, enrichie de percussions très présentes, une ligne de basse très basse, un peu en retrait, des bruits, des explosions, des sifflements, des tweets, des bleeps, bref, pas trop d'aménité, et puis d'un coup Niels Van Hoorn à l'appel, à la flûte d'abord, au saxophone ensuite, interprétant un thème paisible aux accents mystérieux, en complète opposition avec son environnement chaotique - la juxtaposition est saisissante, et enthousiasmante.

    Après ces 5 monuments pour le moins accaparants, un interlude plutôt bienvenu vient calmer un peu le jeu, en développant le thème au xylophone-like de "Riddim clash - Heavyweight style". Le genre trou normand, voyez.Ça remet les idées en place après tant d'émotions, et ça permet d'envisager la suite sereinement. La suite, c'est le curieusement nommé "Dub cultivator", qui commence assez durement sur une rythmique directe, ornée de bruits éléctroniques divers et plus ou moins avenants, que vient compléter un saxophone braillard. Le riddim s'installe, appuyé d'une ligne de basse d'une rare épaisseur, et un nouveau thème de violon (peut-être) attire doucement le titre vers sa fin. Un nouvel interlude, sur le même principe que le précédent, et "Intergalactic dub" pour clore l'album dans un léger bordel qu'on excusera bien volontiers, tant on est pressé de retourner au début.

    Alors, expérimental, certes un peu, mais la plupart des expériences sont ici réussies, si bien qu'on ne peut que chaudement recommander cet album à tout amateur de Twilight Circus, et à tout amateur de dub moderne en général. Outre les quelques titres décoratifs qui ouvrent et terminent l'album, on se retrouvera à la tête d'une bonne demi-douzaine de monuments, neufs, inventifs, produits et interprétés avec le dernier talent, qui méritent et imposent des écoutes répétées. Une perle, ma bonne dame. Une perle.

    MP.
    Dub Zone